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  • Photo du rédacteurCatherine Rey

Sur la traduction


Manuscrit de Marcel Proust
Manuscrit de Marcel Proust

Tout migrant qui s'installe dans un pays étranger à l’âge adulte, contrairement à ceux qui migrent lorsqu’ils sont encore enfants, sait que son passé est voué à disparaître. Dans le pays d'accueil, ce qu’on a accompli au cours des années précédentes, surtout si ce fut en langue étrangère, est réduit à néant. Qu'il soit fantastique ou non, prestigieux ou non, le passé ne compte plus. Pour un chirurgien, un dentiste, un avocat, un professeur d'université, la tâche est la même. Il faut refaire son cursus universitaire depuis le début. Et il faut repasser des examens qu’on a déjà obtenus dans une autre langue. Un migrant vit toujours dans sa chair la tragédie de Babel quand les hommes furent dispersés sur la surface de la terre et condamnés à parler des centaines de langues différentes.

Après l'invasion russe de la Tchécoslovaquie en 1968, Milan Kundera est venu s’installer en France avec sa femme. Gaston Gallimard, son éditeur, lui apporta son aide. Kundera fut longtemps étiqueté comme réfugié politique mais le jour où son image de courageux dissident s’estompa, il lui fallut se réinventer en tant qu'écrivain, juste en tant qu’écrivain de langue française. Et il lui a fallu du temps pour y arriver. Tout écrivain qui quitte son pays et sa langue natale doit recommencer à zéro. Les pays sont comme les familles : ils donnent la préférence à leurs propres enfants. Les pays ont l’esprit de clocher. Regardez l'Australie par exemple, si peu de livres sont publiés en traduction. Un écrivain n'existe pas sans éditeur, et par conséquent, sans lecteurs. C’est une position ambiguë. On écrit pour soi et pour les autres. Tout artiste, peintre ou musicien a besoin d'être vu, écouté, entendu, reconnu. Nous, je veux dire les écrivains, ne recherchons pas la célébrité mais une certaine forme de re-connaissance. Nous recherchons l’interlocuteur unique à qui nous adressons un message unique pour créer un dialogue. De la même manière, les auteurs du passé nous ont donné des œuvres qui transcendent le temps et la mort et qui ne cessent de résonner en nous. Et qu’est-ce que la littérature, l'Art en général, sinon cet échange répété qui consiste à donner, recevoir et rendre, une manière de puiser dans son âme, ses émotions, son monde intérieur, pour dire une chose qu'on n'a jamais dite auparavant, une chose que le lecteur inconnu à qui nous adressons notre message n'a jamais entendu ? Alors que je lisais Sylvia Plath il n’y a pas longtemps, quelques lignes m'ont fait frissonner et réfléchir. La maternité, ce n'est pas mon truc, pourtant, Sylvia Plath exprime en quelques lignes sa vision singulière de la maternité, une pensée que je n'avais jamais lue, c'est-à-dire à laquelle je n'avais jamais pensé auparavant. La nouveauté de ce qu’elle écrivait était si pertinente qu'elle m'a profondément touchée. Écrire, c'est partager un trésor et vouloir partager ce trésor. Le don peut être humble mais il n’y a pas d’écriture sans don.


J'ai commencé à écrire en anglais tard. Il y avait pas mal d’années que je vivais en Australie lorsque je m’y suis mise. J'ai eu besoin de partager mon travail avec les amis qui ne lisaient pas le français, et avec mon mari qui est australien. C'était ma façon de leur ouvrir les portes de mon monde et de leur permettre d'accéder à mon jardin privé. C'était aussi un moyen de sublimer ma solitude existentielle qui était devenue insupportable. Une façon de dépasser la situation et de redonner de l’unité à mon moi divisé. Mon passé d'écrivain était oublié, et j'étais la seule à savoir que j'avais été auteur par le passé, récompensé, encouragé par des éditeurs prestigieux, chroniqué dans Le Monde, invité dans de très bonnes émissions de radio, sur France Culture. J’avais côtoyé des écrivains célèbres, des auteurs dont vous n'avez certainement jamais entendu parler, mais qui étaient des gens extraordinaires. Nous nous sommes liés d'amitié. Certains m'ont pris sous leur aile. Bref, j'étais la seule à savoir ce que j'avais accompli. Les lecteurs sont indispensables. Ils sont comme une pluie de printemps qui arrose une plante. L'écrivain est la plante. Vous n'avez pas besoin de beaucoup de lecteurs, mais vous avez besoin d'un minimum. Claude Simon, par exemple, prix Nobel de littérature, disait avoir 2 000 lecteurs et il en était satisfait. Il était conscient que son travail n'était pas lu par le grand public. De son côté, Emily Dickinson a souffert d'un manque de reconnaissance. Seulement sept de ses poèmes ont été publiés de son vivant. Je pense que ce fut une amère déception pour elle. C’est une tragédie de vivre avec un tel sentiment d’échec.


Changer de langue ne se limite pas à traduire son propre travail dans une autre langue. Cela implique une profonde métamorphose. Il faut abandonner son ancien moi tout en s’éloignant de ses racines, des chaînes du passé et des traditions littéraires. Écrire en anglais était d’une part un moyen d'exister à nouveau à une période où je -c’est-à-dire l’auteur que j’avais été- tombais dans l'oubli, et d'autre part, c’était un moyen de réhabiliter la langue de mon père, né en Australie en 1918. Il était le fantôme de la famille. Je lui ai donné une voix. Cela m'a pris longtemps. En outre, je ne pensais pas pouvoir écrire en anglais. Quand j'ai écrit ma thèse de PhD qui traitait de trois écrivains européens qui ont abandonné leur langue maternelle pour écrire en français, je me souviens avoir dit à mon ami Peter Morgan qui était mon directeur de thèse qu’une telle chose ne m'arriverait jamais. Jamais. La tâche était trop ardue et trop difficile affectivement. Mes grands-parents paternels avaient quitté la France pour L’Australie occidentale en 1912. Ce jeune couple qui était parti pour l’Australie était un objet de moquerie. C'est certainement difficile à croire, mais personne ne s’intéressait à leur passé, à leur vie en Australie-Occidentale, et depuis que j'habite l’Australie, vingt-trois ans maintenant, aucun des miens ne m'a rendu visite. Les membres de la famille n’étaient pas curieux du passé de ce couple qui avait enduré la pauvreté et l'exil. On jetait une sorte de regard amusé sinon méprisant sur ces cinglés qui avaient quitté leur village. Ils étaient considérés comme des déserteurs, peut-être. Quand on aime son pays, on ne le quitte pas. C’est ce que les gens devaient se dire. Il n'y avait pas d'intellectuels dans ma famille. Je viens d’un milieu de petits commerçants. Ni mes parents ni mes grands-parents ne sont allés au lycée. Personne n’était en mesure d’apprécier le parcours extraordinaire de mes grands-parents ni prendre la pleine mesure de leur courage et de la façon dont ils se sont battus pour survivre. Mon père a enduré ce mépris et en a souffert. On le surnommait "l'Australien". Ma mère le méprisait. Mes frères le détestaient. Mes grands-parents n'ont jamais tenté d'expliquer ce que c'était que d'être un migrant en 1912 en Australie Occidentale puisqu'ils savaient que personne ne comprendrait. Et de toute façon, personne n’était intéressé. Je vis la même expérience quand je rentre en France. Personne ne me demande de quoi est faite ma vie en Australie. Personne ne s’imagine le calvaire d’un migrant. Il faut s’imaginer ce qu'était L’Australie de l’ouest en 1912. C'était un vaste désert, une chaleur atroce, une terre sèche, un endroit rude, violent, les hommes buvaient beaucoup, il y avait des bagarres. Ce n’était pas un endroit pour une femme. Ma grand-mère avait dix-huit ans lorsqu'elle a débarqué à Fremantle, et ce qu'elle a vu de son nouveau pays dut être décevant et effrayant. Je voulais briser le silence et réhabiliter le parcours de mes grands-parents puisqu’on ne les a jamais écoutés. Enfant, j’entendais les histoires du passé puisqu'ils furent mes parents adoptifs, et j’entendais aussi leur douleur silencieuse. C’est pourquoi je voulais être leur chair et leur sang en Australie. Leur héritière. Marcher dans leurs pas et refaire le parcours de ceux que tout le monde considérait comme des fous.


Changer de langue, ce n’est pas seulement embrasser les mots d'une autre langue. On accueille aussi son histoire, sa culture, sa littérature, ses fondements, sans oublier les nombreuses nuances de son vocabulaire. De plus, on n'écrit pas comme on parle. La langue écrite est une autre langue qui prend en compte la poésie, les figures de style, le polissage du style, l'esthétique, le rythme. Il est fondamental de se réapproprier la langue étrangère à un niveau inconscient afin de vivre ce que nous écrivons pour générer une émotion grâce au choix des mots. L'émotion est une manière de véhiculer des idées comme le dit Ariane Mnouchkine. Si vous touchez les êtres dans l’espace de sensibilité, vous ferez qu’ils comprendront le message, peut-être auront-ils de la compassion. Prenons l’exemple d’un film comme The Father : il permet de comprendre ce que c'est que d'être frappé par la démence sénile. Un film comme Wit, également écrit d'après une pièce de théâtre, permet de comprendre le drame d'une patiente maltraitée dans un hôpital, considérée non comme un être humain mais comme un cas parmi tant d'autres. Sa dignité lui est volée jusque dans la mort, elle est seule, privée de l'amour de quelques amis. Les compositeurs et les peintres n'ont pas ce problème. Leur langage est universel contrairement aux mots qui portent une charge émotionnelle. Julia Kristeva dans son essai Etrangers à nous-mêmes affirme que les mots sont ancrés dans l'inconscient du corps. Je prends l’exemple d’un rêve. Je transportais une de mes connaissances, appelons-la X, qui se trouve être écrivain. Elle m'a proposé dans le passé de me donner un coup de main dans ma carrière littéraire, mais elle n'a jamais tenu ses promesses. Or, dans le rêve, X me disait qu'elle connaissait la femme que j'allais rencontrer, une femme influente sur la scène littéraire. Dans le rêve, je portais le corps de X sous mon bras. Elle était vêtue de blanc. Son corps était aussi mou qu'un morceau de tissu détrempé. Il nous est arrivé bien des choses sur lesquelles je ne m’attarderai pas, mais en me réveillant, je me suis tout de suite demandée pourquoi son corps était aussi mou qu’un morceau de tissu détrempé. En français, pour désigner une personne sans caractère, on dit une "chiffe molle". Chiffe est l'ancien mot français pour "chiffon". C'était exactement la façon dont X s’est comportée dans la vie : incapable de faire ce qu’elle avait promis de faire, c’est-à-dire incapable d’aider. L'inconscient contient donc les connotations de la langue, et dans ce cas, le rêve prouve que le Français l’a emporté sur l’Anglais. Ainsi donc, lorsqu’on écrit dans une langue étrangère, on doit puiser dans ce fond d’émotions. Cela nécessite beaucoup de lecture, de réflexion, il faut connaître les mots et leurs nuances, les connaître intimement je dirais.


Écrire dans les deux langues de manière simultanée, j’en suis là maintenant. Depuis six ou sept ans, je me suis imposé un régime qui consistait à ne pas lire ni écrire en français. Je n’ai lu que de la littérature anglaise, australienne et américaine. C'était exigeant et frustrant, je dois l'admettre. Maintenant, j'ai recommencé à lire de la littérature française. Le parcours de Beckett est une source d'inspiration pour moi et il me donne de l'espoir. Il écrivit en anglais, puis en français, et vint une période où il s'est trouvé dans une situation difficile. Il se traduisait lui-même, du français vers l'anglais et vice versa, et enfin dans sa dernière période, il écrivait soit en français, soit en anglais selon ce qu'il voulait exprimer comme il aurait choisi la tonalité de sa musique. C'est une question de rythme. À quelle vitesse voulez-vous écrire ? A partir de là, Beckett a forgé sa propre langue, une langue hybride empruntant à l'irlandais et au français. Il ne se souciait plus trop de la grammaire, il s'est affranchi des contraintes, et a retrouvé la liberté d'écrire. L'art fonctionne de cette manière. L'écrivain ou l'artiste doit respecter certaines règles pour apprendre son métier, et ensuite, il peut s’en libérer et trouver sa voix. En écrivant en français, Beckett voulait aussi échapper à sa culture, à son passé, à sa mère exigeante, à l'oppression de l'Irlande. La langue porte notre passé. La langue maternelle est ce que nous sommes.


Pour moi, le genre romanesque est mort depuis longtemps. Le genre dont je me sens le plus proche est un texte déconstruit, des vignettes, un patchwork post-moderne de pensées qui tourne autour d’un "flux de conscience". De nombreux auteurs continuent d'écrire des romans. La majorité d'entre eux le font. Ils inventent une histoire avec des personnages. Pourquoi pas? Pour moi, cela repose sur un malentendu. Les plus grands romanciers ne nous racontent pas d'histoire. Marcel Proust, Antonio Lobo Antuñes, Dostoïevski, Wilde, Milan Kundera, Marguerite Duras. Ils mettent en scène ce que Kundera appelle des « ego expérimentaux ». C'est un ego, leur ego, projeté dans une expérience humaine. François Mauriac l'a dit d'une autre manière qui m'a inspiré quand j'ai commencé à écrire à l'adolescence. Il dit en gros qu'il prend une part de son être, de lui-même, et qu'il y applique une loupe pour mettre en scène cette part de soi. Le roman en France cherche depuis longtemps à se renouveler. Les romanciers des années 80 avaient inventé le « nouveau roman » à une époque que Nathalie Sarraute appelait « l'ère du soupçon ». Et Nathalie Sarraute a écrit des textes révolutionnaires avec ses « tropismes ». Pourtant, elle se sentait seule à l'époque. Personne n'était vraiment intéressé par son travail expérimental. Aujourd'hui, les lois du marché obligent les auteurs à creuser le sillon de la tradition. Les éditeurs ne veulent pas prendre de risques, c'est-à-dire perdre de l'argent, et le roman dans son habit conventionnel, avec son scénario habituel, ses personnages, peut-être un crime par-ci par-là, un peu de sexe pour le pimenter, le roman considéré comme divertissement, se vend bien. « Je lis pour me détendre », disait une femme à la bibliothécaire l'autre jour. Quant à moi, je ne lis pas pour me détendre. Je lis pour être transporté dans le monde d’une autre personne et pour apprendre, acquérir des connaissances et ouvrir ma conscience à de nouvelles idées. Je me souviens avoir lu Le Carnet d'or de Doris Lessing quand j'étais très jeune, et quelque chose s'est déclenché dans mon esprit, j’ai compris ce que disait Lessing sur la difficulté d'être une femme. J’ai pu réfléchir ensuite sur mon statut de femme. J'ai aussi lu Les Pensées de Blaise Pascal. J'étais très jeune. Je crois n’en avoir rien compris. Et pourtant, cette lecture m'a fait entrer dans l’univers mystique de Pascal, et j'ai pu l’identifier. Même si mes pensées étaient encore informes, je savais de quoi il était question. Je lis aussi pour apprendre à connaître la personne qui est l'auteur et me lier d'amitié avec lui ou elle bien que nous n’ayons aucune chance de nous rencontrer dans la vie. Je me suis lié d'amitié avec Patti Smith ces derniers temps, si généreuse, une poétesse admirable, et j'ai du mal à la lâcher depuis que nous sommes devenus amies. Je passe d'un livre à l'autre, heureuse de la retrouver, de la reconnaître de loin vêtue de son manteau noir et de son bonnet.


Est-ce que Michel Houellebecq écrit des romans ? Il met en scène ses « ego expérimentaux ». Pour ceux qui connaissent Michel Houellebecq, on comprend que que tous ses personnages - âmes perdues, tourmentés, alcooliques, suicidaires, loups solitaires, attirés par les jeunes filles, ayant peur des femmes mûres - sont lui. Il se défend d'être raciste et misogyne, mais il est dans ses personnages. Michel est un homme attachant car il ne ment pas, il ne joue pas de rôle. Il n'est pas à sa place dans un monde où il n'a pas sa place. "Je ne suis pas fait pour ce monde." C'est ce que dit le facteur Cheval à la fin du film de Nils Tavernier. Michel Houellebecq, si j’ose dire, est un homme qui n'est pas fait pour ce monde. L'écriture est la béquille qui l'aide à rester en vie. Rester vivant est le titre d'un de ses recueils de poésie du reste. Être écrivain est une vocation. Une voix vous appelle et vous ne pouvez pas la fuir. Et si vous me demandez si l'écriture remplace la psychanalyse, je répondrai que oui, dans la mesure où elle permet de fonctionner et d'apparaître aux yeux des autres comme quelqu'un de plus ou moins normal. Les écrivains, les artistes, sont dotés de sens multiples. Ils capturent tout, voient tout, sont blessés par tout, saignent à chaque pensée. A travers chaque livre qu’on écrit, on avance. Le lecteur n'est plus le même quand il a fini de lire un livre, je veux dire non pas un livre de divertissement mais un livre de littérature. Le livre le change mais l'écrivain vit aussi une métamorphose. Vous n'êtes pas la même personne à la fin d'un livre qu'au début. Chaque livre que nous écrivons nous change. Cela nous permet de nous délester des émotions négatives. On comprend, on articule sa pensée et puis on la laisse derrière comme une peau morte.


Sans vie, sans vie réelle, sans être confronté courageusement à l'existence, il n'y a pas d'art. Michel Houellebecq affirme qu'un écrivain est quelqu'un qui a « des choses à dire ». Je pense qu'un écrivain est aussi un être qui vit avec passion et qui prend des risques. Il lègue son expérience, sa souffrance. L'écrivain n'a pas peur de souffrir pour transformer sa douleur en littérature. Par exemple, les livres qui ne prennent pas le risque de souffrir, de donner avec générosité, les livres qui sont divertissants, ou rien d’autre que des jeux de mots, ne m'intéressent pas. Ils ne donnent rien de l'auteur. Il faut donner beaucoup de soi quand on écrit. Regardez Balzac. Voici un homme pouvait écrire jusqu'à vingt-deux heures par jour. Il avait un petit lit chez l'imprimeur, dormait deux heures et se remettait au travail. Regardez Jean Genet. Même s'il souffrait d'un cancer de la gorge, il refusait de prendre des antidouleurs car il voulait garder l'esprit clair pour écrire son dernier livre. Regardez Proust, il a écrit jusqu’à en mourir. Littéralement. Vous savez, ils ont été à la hauteur du trésor qu'ils ont reçu. L'écriture est une vocation. Un cadeau. Un joyau. C'est très précieux. C'est la même chose pour un pianiste qui interprète un morceau de musique. S'il ne donne rien de lui-même, il ne produira aucun son. Vous devez donner une part de ce vous êtes lorsque vous créez. Vous vous donnez en offrande pour être dévoré. Il y a un côté sacrificiel, un côté christique chez tout artiste. Michel Houellebecq est consommé de l'intérieur. Il se donne comme nourriture. C'est sa force, sa majesté et sa faiblesse. Quand il parle de la misère sexuelle de certains hommes, il sait par expérience de quoi il parle. Il dit qu'il y a des riches et des pauvres dans notre société, mais il y a aussi des hommes sexuellement riches -les beaux, grands et forts- et les pauvres, les moches et même s'ils sont supérieurement intelligents, ça ne change rien. Ils sont laids et les femmes ne sont pas attirées par eux. C'est la réalité. Il connaît cette forme de solitude. Il est très généreux, timide, pas cynique ni méprisant. Toujours sur le point de se briser comme un morceau de cristal, comme disait Virginia Woolf : elle se sentait comme un oiseau fragile sur une branche. Samuel Beckett, Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, Milan Kundera. Regardez leur vie. Fuir les projecteurs. Refuser les entretiens. Etre assez courageux pour rester à l'écart du monde dans un univers où il faut se faire voir si l’on veut réussir.


Otford, 12/06/2022


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